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Vendredi 2 mai 2008
publié dans : Randonnées

      Te Pari   (Dimanche 27 et lundi 28 avril 2008)

______________ 

Situation:

Remontée de la rivière Faaroa, au niveau du refuge du Club, situé dans la baie de Faaroa au Pari. 

Itinéraire et point final:

Rendez vous le dimanche à 7 heures à la Marina de Teahupoo. Embarquement sur deux bâteaux pilotés par Alain et Georges jusqu’au dernier ponton. Départ effectif de la rando vers 8 heures. Cascade pastis vers 9 heures. Une bonne heure pour franchir le passage sous la cascade. Départ du refuge vers 10h30. Tout le groupe atteint le but fixé, en haut de la dernière cascade. Retour amorcé vers 13 heures. Blocage par une forte crue de 13h30 à 17 heures à l’entrée du canyon. Arrivée en bord de mer vers 18 heures. Cheminement juqu’au passage sous la cascade, puis retour à la frontale jusqu’au refuge pour (essayer) de dormir.

Le lendemain lundi, lever vers 6 heures, départ du refuge à 6h30 pour atteindre le ponton vers 8h15. Retour à Teahutoo par un seul bâteau.

 

Météo: Dimanche matin, beau temps avec une forte houle (3 mètres environ). Grosse averse l’après-midi. Le lundi, beau temps avec une petite houle. 

Participants:  18 participants:

Stéphanie Boursier, Béatrice Lafay, Lucia Rosano, Gaëlle Perrier, Pascal Fernand, Laurent Rudault, Catherine Bouchet et Bernard Rasser, Michèle Grasset, Alain Moisette, Henri Viel, François Pratique, Francette Maillard, Raynald Chailloux, Julien Cuny, Jean-Christophe Manargadou.

Encadrement: Lolita Chevrier et Pierre Leyral.  

Incidents: Multiples. Blessure de Francette à la jambe à la suite d’une chute de pierre. 

Commentaires: Le déroulement inattendu de cette journée ne permet pas la série de commentaires dans le cadre habituel, mais nécessite un développement plus conséquent (en annexe, intitulé “Gorilles dans la Faaroa ?”).

 

 


Gorilles dans la Faaroa ?

__________ 

Récit d’une sortie au Pari le dimanche 27 et le lundi 28 avril 2008 

  Le Club de randonnée de Tahiti “Te fetia te mau mato” avait programmé pour le dimanche 27 avril, sous la houlette de Lolita, une sortie au Pari. Le but annoncé, outre la découverte des falaises de la presqu’île de Taiarapu, était la remontée de la rivière la Faaroa, jusqu’au canyon, sans doute un des lieux  les plus sauvages et spectaculaires du Fenua. C’est une sortie classique, maintes fois proposée par le Club, soit à la journée, soit au cours d’un week-end; elle est classée trois étoiles car elle implique plusieurs passages sur corde qui peuvent se révéler impressionnants  et nécessitent une certaine expérience de ce type de difficultés.

  Les inscriptions se sont déroulées sur deux soirs; un groupe de 16 personnes a été formé; très peu de personnes n’ont pas été acceptées pour cette sortie, soit à cause du niveau de difficultés, soit pour ne pas constituer une équipe trop importante.

  L’inquiètude des animateurs pour le bon déroulement de cette journée était associée à la houle; en effet, les bulletins météorologiques annonçaient une forte houle qui enchantait les surfeurs en compétition à Teahupoo, mais risquait de rendre dangereuse notre sortie. Dans la Dépêche-dimanche: “un avis de houle énergique du Sud-Ouest intéresse actuellement la Société. Les déferlantes des vagues sur le récif sont de fortes amplitudes… Sur la Société, ciel nuageux avec averses orographiques en milieu de journée.”  Interrogations de Météo-France, des sites Internet et des pilotes des bateaux très familiarisés avec les conditions locales. Un plan B est prévu en fonction des observations en cours de route: rando non stop jusqu’à la cascade “Pastis”; si au delà, le passage des récifs s’avère à risques, un retour est prévu en découvrant par le menu tous les centres d’intérêt du trajet, et peut-être une incursion à la grotte Vaipoiri.

 


  Sept heures et des poussières; tout le monde est présent, sac à dos en bandoulière et Canyoneers Five-Ten ou sandalettes aux pieds. Malgré l’heure matinale, la Marina bruisse d’une agitation anormale en raison des sélections pour la compétition de la Billabong Pro qui se déroulera sur le site à la mi-mai. Déjà, de nombreux surfers sont sur la célèbre vague de Teahupoo pour s’entraîner et profiter des conditions exceptionnelles de glisse. Les deux bateaux, pilotés par Alain et Georges, nous font découvrir le côté sud de la presqu’île par une agréable promenade d’une vingtaine de minutes sur un lagon très calme. La ponton est là (ouf, le pitt-bull est absent...), et nous débarquons après un dernier conseil de prudence de nos hôtes: “hier soir, il y a eu subitement deux vagues monstrueuses…”

 


  Selon le plan prévu, nous avançons rapidement sur un chemin bien tracé, non sans jeter un coup d’oeil aux vagues en furie qui viennent se casser sur les falaises. Ici, le lagon n’existe plus et toute l’énergie accumulée dans les quarantièmes rugissants est libérée à grands fracas…. Même pas un détour au mini lavatube proche, ni aux quelques vasques sympathiques qui s’égrènent sur les différents petits cours d’eau traversés. Au bout d’une heure de marche, la petite crique de sable est là, entourée de cocotiers et rafraîchie par la cascade “Pastis”. Il est malheureusement trop tôt dans la journée, car il est bien connu qu’elle ne débite un breuvage très marseillais qu’à 11 heures et quart précises.

  Au-delà de la plage, une pointe rocheuse et des vagues énormes. Lolita et un adhérent partent en éclaireurs. Peu après le feu vert pour franchir cet espace est donné; la voie est libre, en longeant la falaise de très près, dans une zone hors d’atteinte de la mer. Une fois à la pointe, une longue pause; pour se régaler d’une “breathcutting” view, de sortir les appareils photos, mais surtout pour observer longuement la progression des vagues sur la partie de récifs à franchir. Une chance: la houle est orientée Sud-Ouest, alors que la baie de Faaroa est plutôt Sud-Est…. Ce long passage est franchi rapidement, toujours avec prudence en serrant la falaise au plus près.

 


  Là se situe la principale difficulté de cette balade; un bras de mer en entonnoir se termine sous une petite cascade. Une espèce de tuyère qui amplifie la hauteur des vagues; ce passage, malgré la présence d’une corde à demeure, est la pierre d’achoppement de ce trajet; plus d’un groupe de randonneurs a terminé sa journée en ce point où parfois des paquets de mer de plusieurs mètres de hauteur viennent buter la montagne; on se souvient au Club d’un adhérent qui s’est fait drosser contre la paroi et embarquer par une vague anormalement forte; il s’en est sorti par miracle avec un dos en compote… Aujourd’hui, c’est jouable; on observe longuement le comportement des vagues qui sont fortes par série, puis vont en faiblissant. De chaque côté du passage délicat d’une dizaine de mêtres à franchir, est posté un randonneur armé de cordes pour intervenir en cas de répêchage d’urgence. Un guetteur oberve la hauteur de chaque nouvelle vague et donne le départ du franchissement. Et surtout, chacun est équipé avec un baudrier de fortune réalisé avec sa sangle personnelle. Un mousqueton le relie à une deuxième sangle, elle même solidaire de la corde fixée à demeure…. Quelques insouciants n’ont pas de sangle et il faut improviser… Et le transfert commence, lentement, précautionneusement, avec des fortunes diverses: certains passent presqu’à sec, d’autres sont bousculés et trempés par les vagues, mais les sécurités jouent bien leur rôle…. Une bonne heure s’écoule pour le passage du groupe, et vers 10h30 , nous arrivons à la baie de Faaroa pour découvrir le refuge niché sous quelques immenses “hutu”. Un peu décati, surtout la partie dortoir, mais un projet sérieux de rénovation est en très bonne voie….

  Quelques minutes pour boire un coup et nous voilà repartis. Même pas le temps de visiter le Zoo! La Faaroa se remonte facilement, le niveau de l’eau est bas, nous zigzagons dans son lit, et une douzaine de gués sont franchis sans problèmes; une demi-heure de marche pour atteindre les premières difficultés; nous laissons alors nos sacs dans le but de pouvoir revêtir un habit sec au retour, après des douches ou des bains obligatoires. C’est l’entrée du canyon; les parois escarpées et sans doute dépassant la centaine de mètres se resserrent pour ne laisser qu’un passage étroit, parfois de quelques mètres seulement. La progression est moins aisée; parfois un peu d’escalade, ou des terrains glissants ou inondés. Lolita va équiper une petite paroi verticale d’une dizaine de mêtres que chacun franchit aisement avec cependant peut-être une petite poussée d’adrénaline pour les néophytes…. Deux belles vasques, un brin d’escalade, puis une nouvelle grimpette sévère dans une cascade et nous sommes au terminus, bloqués par une grosse chute d’eau dans un décor somptueux. Les amateurs de saut s’en donnent à coeur joie, plus de dix mètres pour les plus téméraires, des hauteurs moindres pour les autres, réglables à volonté tant les prises sont multiples et les vasques profondes. Les 18 participants, émulation oblige, sont tous parvenus au terme de la balade….

  Et la descente commence, lentement, prudemment sur un terrain difficile…. Tout un coup, le petit coin de ciel visible entre les murs volcaniques devient d’encre et la pluie commence. Branle-bas de combat, le rythme s’accèlère; une crue à cet endroit pourrait être un piège mortel…. On s’organise pour ne pas bouchonner à chaque obstacle. Lolita ferme la marche, et elle est enquiquinée par une corde récalcitrante qui refuse d’être rappelée. Enfin, les sacs sont atteints, nous sommes hors du canyon, il y a maintenant des échappatoires possibles pour se mettre hors-eau…. Il était temps, la rivière est devenue chocolat et le niveau monte petit-à-petit…. De nombreuses cascades sont apparues de tout côté et se déversent en nappes dans la vallée dans un décor fantasmagorique…

  Nous traversons le premier gué à la queue leu leu. J’atteins la rive opposée avec quelques camarades. Je me retourne, les autres ne suivent pas, en difficulté au milieu de la rivière. La crue s’est renforcée brutalement en quelques dizaines de secondes, et la traversée devient problématique. Je pose mon sac sur la rive pour aller donner un coup de main. Deux personnes sont emportées par le bouillon, rapidement secourues par des bras vigoureux. Une corde illico mise en place facilite le sauvetage… Et l’eau continue à monter…

  Le groupe est coupé en deux. Sans communication à cause du bruit de tonnerre des eaux en furie: d’un côté, sur un terrain en forte pente, boueuse et glissante treize personnes avec Lolita, et de l’autre sur un terrain plus facile et plus plat trois randonneurs en ma compagnie… Il est 13h30. Plantés sous une pluie battante, on observe les flots qui continuent à grossir. Sans soute des heures à attendre. Des feuilles de miconia servent de chapeaux et de protections dérisoires. D’immenses feuilles de “ape” sont négligées car urticantes. En cherchant dans notre mini-espace de vie, on découvre, o miracle, une petite grotte trop sympa, une espèce de lavatube avorté, mais garni de pierres basaltiques pouvant servir de sièges. Le grand confort…. Surtout si on doit rester la nuit…. Et loin en face, dans la brume, on distingue vaguement des sihouettes immobiles, sans doute une harde de grands gorilles; tout de suite, on se prend pour Diane Fossey. Le froid s’installe et je grelotte; une personne charitable me propose la moitié de sa couverture de survie, ce que j’accepte volontiers. Et de méchantes langues iront jusqu’à supposer que c’est un coup prémédité  et que j’ai volontairement laissé mon sac de l’autre côté pour être en si bonne compagnie…

  Il ne pleut plus guère depuis un moment; le niveau de l’eau a baissé, mais la rivière reste encore infranchissable. Brusquement, une nouvelle averse violente. La rivière redevient furieuse et redouble de puissance… En face, les gorilles ont disparu, on les a vus se hisser vers une espèce de plate-forme plus clémente, où ils ont enfin pu s’asseoir et se mettre à l’abri des chutes de cailloux. On aperçoit même une corde installée pour sécuriser leurs déplacements dans la pente. Les heures s’égrènent lentement….

 


  Près de trois heures et demie sont passées depuis notre immobilisation; il est 17 heures. Le ciel s’éclaircit et la pluie cesse. La décrue s’est amorcée. Une tentative de franchissement de la rivière à l’aide d’une corde est couronnée de succès. Bientôt les deux groupes fusionnent et on lève le camp. En rejoingant la rivière, un caillou se détache de la pente et il heurte le tibia de Francette qui continuera courageusement son trajet après un pansement sommaire. La rivière et toujours grosse, mais maintenant sans grand danger au niveau des traversées de gués. Le groupe s’organise et la solidarité joue à fond: on s’entraide pour franchir les zones où le courant reste fort. Les conditions de progression sont difficiles, car on ne distingue pas vraiment les passages favorables avec l’eau turbide, et cependant, il ne faut pas batifoler; nous sommes toujours à la merci de nouvelles trombes d’eau et de plus la nuit approche à grands pas…

  Youpiii, nous arrivons au refuge vers 18 heures, et aussitôt, nous apercevons le bateau piloté par Georges qui évolue dans la baie, un yoyo au milieu d’énormes vagues. Super, nos transporteurs ! Inquiets de ne voir personne au ponton pour le rendez-vous initalement fixé à 17 heures, ils cherchaient à savoir ce que le groupe était devenu. Pas de communications possibles avec l’embarcation, mais nous étions alors sûrs que les familles seraient prévenues de nos contretemps.

  Sur la plage, conciliabule; le bilan de lampes frontales n’est pas fameux: 9 pour 18 personnes! On décide de faire une tentative de retour au ponton, et bien sûr tout d’abord, d’examiner l’état de la mer au niveau du passage de corde qui nous avait beaucoup retardé le matin. Le groupe s’ébranle; dix minutes plus tard, le diagnostic est vite fait; la houle n’a pas faibli, et elle semble même avoir empiré; le franchissement de nuit dans ces conditions n’est pas raisonnable, et il est décidé de revenir au refuge pour la nuit.

  Les réactions sont diverses et variées; certains sont ravis de l’escapade et de ce prochain jour de chômage forcé, d’autres songent aux réactions courroucées de leur chef devant une chaise vide, puis il y aussi des nostalgiques qui songent à Du Bellay: 

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village

Fumer la cheminée, et en quelle saison

Reverrai-je le clos de ma pauvre maison… 

  On s’organise, tant bien que mal: le bilan des sacs à dos parfois trempés est vite fait; pas toujours de fringues sèches, pas beaucoup de reliefs du repas de midi, il manque plusieurs couvertures de survie. Ah! Que n’ai-je suivi les consignes mille fois répétées de nos animateurs concernant le matériel de base indispensable ? Le moral des troupes reste plutôt serein malgré la perspective d’une nuit agitée… Extinction des feux très tôt, et c’est trop mignon de voir quelques têtes rapprochées pour partager à deux la même couverture de survie et toutes ces papillottes dorées alignés en rang d’oignons. Peu à peu, le silence s’établit; chacun renonce à se retourner de peur de réveiller son voisin par le froissement du papier métallisé. Est ce bien important car personne ne dort vraiment ?Puis, n’y tenant plus, l’un d’entre nous se décide à bouger. Immédiatement, tout le monde en profite pour se retourner et la rumeur des crissements s’amplifie démesurement. Pour s’estomper petit à petit au bout de longues minutes. Mais que les planches du refuge sont dures !

  Réveil matinal. La toilette est rapide, le petit déjeuner escamoté; je songe aux conseils diététiques pêchés dans le dernier numéro de Passion Rando édité par la FFRP. Départ à 6h30, le temps est superbe, la Faaroa est redevenue limpide, avec de l’eau au niveau de la cheville. Les vagues ont presque disparu. Le retour est rapide et le ponton est atteint en nettement moins de deux heures. Et oh surprise, Alain et Georges sont là avec victuailles, gâteaux, café et boissons diverses; un grand mauruuru à tous les deux de nous avoir réservé un accueil si chaleureux.


  Un grand bravo à tous les participants pour leur courage et leur moral d’acier et à tous ceux qui ont donné un solide coup de main dans la conduite de la randonnée; une pensée particulière pour Stéphanie, notre dernière inscrite, qui pour son baptême du feu au Club a été particulièrement gâtée… Et surtout un grand merci à Lolita d’avoir su nous organiser (certes, avec quelques improvisations…) un week-end aussi mémorable. 

  Pierre Leyral  e 30 avril 2008.
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